Animation, événementiel: comment fait-on vivre une station touristique?

JardinYcoor_PlageTropYc_Crans-Montana (4)

Animation? Evénementiel? Deux mots qui ont fait débat mardi dernier lors d’une table-ronde initiée par Crans-Montana Tourisme. L’événementiel a pour mission de faire venir du monde (dans l’espoir de voir ces spectateurs revenir comme touristes). Le programme d’animation sert, lui, à faire "s’éclater" les gens qui séjournent chez nous en vacances. Au-delà de ces distinctions de vocabulaire, on peut se demander si on en fait assez à Crans-Montana? Quel est le rôle exact que l’on veut attribuer à Crans-Montana Tourisme? A-t-on suffisamment de moyens pour rendre vivante la station? Autant de questions abordées par les ceux qui organisent des événements et animent la station.

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Animation? Evénementiel? Deux mots qui ont fait débat mardi dernier lors d’une table-ronde initiée par Crans-Montana Tourisme. L’événementiel a pour mission de faire venir du monde (dans l’espoir de voir ces spectateurs revenir comme touristes). Le programme d’animation sert, lui, à faire "s’éclater" les gens qui séjournent chez nous en vacances. Au-delà de ces distinctions de vocabulaire, on peut se demander si on en fait assez à Crans-Montana? Quel est le rôle exact que l’on veut attribuer à Crans-Montana Tourisme? A-t-on suffisamment de moyens pour rendre vivante la station? Autant de questions abordées par les ceux qui organisent des événements et animent la station.


Crans-Montana Tourisme (CMT) invite chaque début de saison les organisateurs de manifestations à une rencontre pour partager les infos de chacun, et éventuellement créer des synergies. Mais le succès de ces réunions est mitigé, avec une faible participation. Pour aborder certaines questions fondamentales sur son rôle, Crans-Montana Tourisme a organisé mardi une table-ronde où une bonne vingtaine de personnes concernées par l’organisation des events et par l’animation se sont rencontrées.

Selon la loi cantonale sur le tourisme (1996), la société de développement doit "assumer l’information, l’animation et la promotion du tourisme local." A l’heure où l’agenda de ce qui se passe à chez nous est plein comme un œuf, à l’heure où l’on reproche régulièrement à CMT de ne pas en faire assez du point de vue de l’animation, où ce reproche est fait aussi aux commerçants à qui l’on demande d’animer leur pas de porte pour rendre la station vivante, il était intéressant de mettre plusieurs acteurs autour de la table pour parler de la vie à Crans-Montana.

Parlons d’argent
A Crans-Montana, il y a une enveloppe de 2 millions de francs par an destinés à soutenir l’organisation des événements. Ce financement public est un pot commun rempli très largement par l’Association des Communes (ACCM), et dans une moindre mesure par Crans-Montana Tourisme (270’000.-)

Dans le camp de l’animation, le budget dont dispose Crans-Montana Tourisme s’élève à environ 150’000 francs par an.


Animation pour autochtones ou pour touristes?
Prenez Trop’Yc, considéré comme de l’événementiel et financé par le pot commun. Lors du bilan, à l’heure de la fermeture de cette plage à la montagne l’automne passé, plusieurs observateurs pensaient que la plage se suffisait à elle-même et qu’il n’était pas forcément nécessaire d’ajouter une couche avec différents animations orchestrées par Crans-Montana Tourisme. Ne serait-ce que parce que ces programmations sont difficiles à communiquer. Et que de toute manière le monde attire le monde. Mais est-ce vraiment juste? Il y aura quelques rendez-vous à ne pas manquer cette saison, de cela on vous reparlera bien sûr…

Qui fréquente la plage? S’agit-il de touristes ou de gens du coin? Il semblerait que les locaux soient nombreux à profiter de l’ambiance de la patinoire tropicale. Mais les touristes passent là-aussi, et s’installent avec bonheur, même si moins nombreux que les autochtones. Alors, doit-on penser animation uniquement pour les touristes? Est-ce que CMT doit se cantonner à divertir les vacanciers et hôtes de la station avec son budget pas très élevé? La question a été posée.

Autre question: quand faut-il créer de l’animation? Certains ont relevé qu’animer la station quand elle est peu fréquentée, c’est risquer un flop qui serait préjudiciable. Peut-être alors en créant des rendez-vous fixes, qui du coup attireraient du monde?

Est-ce jeter de l’argent par les fenêtres que de dépenser de l’argent en animation durant les périodes creuses (mai, juin, octobre et novembre)?

Est-ce que l’animation dans ces périodes creuses n’est-elles pas plutôt du ressort des privés?

"N’oublions pas que le Caprices Festival, par exemple, est venu animer une période où il ne se passait pas grand chose avant. Peut-être doit-on plus travailler sur de l’événementiel que sur l’animation, créer des petits événements", suggérait Sébastien Bonvin, restaurateur à Crans.


Attention à ne pas proposer de l’animation qu’en période de haute fréquentation:

"A Crans-Montana, nous pratiquons des prix identiques en haute et moyenne saison: au creux de janvier par exemple, nos hôtes s’attendent à en avoir autant que ceux qui viennent pendant la haute saison", rappelait Olivier Mittaz, commerçant à Montana.


Et le vice-président de l’ACCM Jean-Claude Savoy de faire remarquer que l’on travaille à dénicher de la clientèle pour venir profiter de l’automne merveilleux chez nous, mais que passé le dernier jour de l’Omega European Masters de golf, l’offre diminue. Les navettes SMC par exemple n’ont plus la même offre, faute de clients pour rendre ces services rentables. Commenta faire?


"Nous devrions essayer de relancer le festival de la randonnée qui n’a malheureusement pas été poursuivi", suggérait Jacky Duc, directeur de Crans-Montana Exploitation.


Alors, serait-ce aux "events" d’attirer du monde hors saison?


"La vraie question, a lancé avec force Marius Robyr, organisateur des courses de Coupe du monde de ski alpin, c’est de savoir pourquoi à Crans-Montana nous ne sommes pas capables de faire venir des gens en station. Pourquoi d’autres y parviennent?"


Crans-Montana, un station qui vit du tourisme?
A l’heure de l’apéritif qui a suivi ces discussions, j’ai retenu la remarque d’un patron de bar qui signalait que sa clientèle se répartissait en trois segments: d’abord il fait son chiffre d’affaire avec les locaux (y compris les travailleurs saisonniers), ensuite viennent les clients qui ont à Crans-Montana une résidence secondaire, en troisi&egrave
;me position seulement se présente le touriste. Un peu provocatrice, je demandais si Crans-Montana, finalement, est vraiment une station touristique? Ou est-on dans une ville dont ses habitants font vivre l’économie locale. Oui mais… non: on le sait, le plateau se vide en morte saison et trop peu de gens vivent en station pour faire vivre la ville (c’est d’ailleurs la raison qui a poussé les autorités à instaurer une réglementation incitant l’habitant à l’année, le RQC). Ajoutons que Crans-Montana, ce n’est pas seulement la station, c’est aussi un grand territoire dont font partie de nombreux villages. "Encore faut-il que les gens du coin fassent vivre nos commerces et jouent le jeu de consommer local", me disait au lendemain de cette réunion un patron d’entreprise à Crans-Montana, qui a de nombreuses craintes pour le futur économique de notre région. Et de lister des commerces qui mettent la clé sous la porte, parce qu’ils ne parviennent plus à "tourner"…


Fréquentation montagnes russes
Mais retournons à notre table ronde de mardi. Stéphane Robyr, directeur de l’Ecole suisse de ski de Crans, expliquait que "la saison passée nous avons travaillé sur cinq semaines pour faire notre chiffre d’affaire. Animer en période de faible affluence c’est difficile, il faut animer quand les clients sont là." Et Nicolas Taillens d’ajouter: "C’est dommage que nous ayons maintenant un entre-saison en… haute saison". Comprenez par là que même dans ce que normalement l’on qualifie de période de haute fréquentation, il y a des creux.


"Je crois que nous devrions anticiper, il faudrait créer des animations lors de rendez-vous hebdomadaires, fixes dans le calendrier; même si la première année nous ne toucherions pas le puck, il faut communiquer et créer l’habitude, que les gens savent ce qu’ils trouvent chez nous à des moments précis", suggérait Nicolas Taillens.


Théorie du hérisson et du ver de terre
Une autre question, abordée très brièvement celle-là, était de savoir si lorsque l’on organise une animation on doit réfléchir à le fait à la fois sur Crans et sur Montana. Par souci d’équité. Brièvement abordée parce que tout le monde est tombé d’accord sur le fait que l’on doit penser Crans-Montana, et que même si l’on ressent un certain malaise dans la population par rapport à la localisation des animations, il ne faut pas en faire de cas: on organise telle ou telle manifestation ou événement là où cela se prête le mieux. Crans-Montana est ainsi faite avec deux centres, impossible de réussir à animer l’entier de la station, c’est ce qui a été baptisé la "Théorie du hérisson et du ver de terre", le premier animal imageant un regroupement de personnes dans un des centres, le ver de terre symbolisant l’étalement de gens entre un bout et l’autre de Crans-Montana.

Et quel rôle joue la voiture?
L’ACCM souhaite un message clair de la part de ceux qui crée la vie en station, a souligné Jean-Claude Savoy, partant du principe qu’une station vivante ne peut être une station dévolue à la voiture, soulevant là la question de la mobilité et de la place que l’on attribue à l’automobile. Or la volonté de rendre l’espace public au piéton n’a pas réuni l’adhésion de tous, preuve en est l’essai de fermeture des routes lors des Happy Hours qui a été interrompu abruptement.

"Du côté des communes, nous acceptons tout de suite de fermer les routes lorsqu’on nous le demande pour une manifestation. Mais tant que l’on maintient la voiture partout, nous continuons de créer des parkings au centre…"


Que retenir des discussions?
L’on retiendra de tous ces échanges qu’il serait opportun pour Crans-Montana Tourisme de penser son programme d’animation selon le type de clientèle qui séjournent chez nous. A regarder les animations que met sur pied CMT, on constate qu’elles s’adressent en priorité aux enfants, cela doit être continué, parce que les autres acteurs prévoient plutôt des actions pour les jeunes et les adultes. Trop’Yc et l’espace Snow Island de cet hiver au driving range sont considérés comme de très bonnes choses. A poursuivre et développer donc. Mais l’on devrait réussir à attirer d’avantage de touristes sur la plage de sable à la patinoire. Certains ont parlé d’y rapatrier le skatepark, mais d’autres ont vite rappelé que les nuisances vont faire sonner les téléphones de la police et des autorités. Pourquoi pas amener à Ycoor le mur de grimpe? Un peu moins centré, il y a aussi le bikepark qui connaît un succès toujours plus grand, avec certains jours 50 mètres de queues devant la télécabine. L’espace pour les enfants est aussi une offre attractive du point de vue de l’animation, a rappelé Nicolas Masserey, directeur de l’Ecole suisse de ski de Montana. Et de suggérer que nous allions chercher des idées ailleurs, voir ce qui marche, créer des rendez-vous hebdomadaire sur les pistes le soir, gages de souvenirs extraordinaires pour les vacanciers. En fait il faudrait peut-être moins de choses dans l’agenda, mais plus d’événements et d’animation de qualité. Personne n’a toutefois soulevé le problème de qui fait le tri pour diminuer la pléthore d’offres et dit "non" à certains organisateurs…

Et puis il y a la culture! Parent encore trop pauvre de Crans-Montana. "Nous collaborons mal dans ce secteur avec les villes de plaine", constatait Jean-Claude Savoy.

Il faut plus de sous!
Et bien sûr on en revient à l’argent. "La qualité d’une animation se juge aussi à son budget…" relevait Philippe Nicol du Monk’is, rappelant que les budgets des entreprises n’est
pas énorme ni extensible. Autour de la table, l’avis général allait vers la demande de plus d’argent, pour améliorer l’animation, améliorer l’événementiel. Ce pot commun plafonné à 2 millions a faire dire qu’à événement extraordinaire, il faut budget extraordinaire, qui autorise un dépassement de ces 2 millions de francs. Attention toutefois aux multiples demandes de subventions publiques émanant de Crans-Montana: les fonds cantonaux et de la loterie ne sont pas extensibles non plus…


Il faut plus d’audace!

Mais donner vie à Crans-Montana et attirer des touristes avec les moyens du bord, il ne faut pas se leurrer, cela sera dur. "Il faudra beaucoup plus, remarquait Nicolas Masserey, il faudra de l’audace, il faudra des infrastructures." Les organisateurs d’événements et animations auraient besoin de davantage de matériel, de qualité, d’une salle, d’une sono au top, etc.

Côté infrastructures qui améliorent l’offre de Crans-Montana, Jean-Claude Savoy a répondu que 16 millions sont en passe d’être investis à Ycoor, mais pour le moment le dossier est bloqué par une opposition; côté Moubra, des dizaine de millions de francs vont être dépensés pour le futur centre aqualoisirs, mais là aussi un privé a fait opposition (avec effet suspensif).

Il faut continuer d’en parler!
Mardi soir rien n’a vraiment été décidé, certains se sont même demandés à quoi à servi cette rencontre. La discussion a été riche, a permis de mettre le doigt là où parfois cela fait mal, a rendu évident les moyens financiers limités à disposition, a permis de soulever des problèmes et des idées. Echanger, partager, discuter, connaître les problèmes de son voisin, imaginer des synergies: cela apporte toujours quelques chose. Crans-Montana Tourisme aimerait reconduire cette table-ronde une fois par an.

NOTEZ DANS VOTRE AGENDA: TROP’YC 2011,
C’EST DEPUIS LE VENDREDI 1ER JUILLET!

1.palmierTropYc