Témoignage de Julie Zufferey, ambassadrice des Enfants de Personne

Juliezufferey

Elle s’appelle Julie, elle a 23 ans. La jeune femme de Montana s’est rendue au printemps dernier à Kolkata où elle a passé quatre mois en tant que volontaire chez Mère Térésa et auprès de New Light, l’ONG indienne partenaire de l’association Enfants de Personne. Depuis son retour en Suisse, elle s’est engagée à développer cette association basée à Sion, afin de pouvoir scolariser le maximum d’enfants à Kolkata. Histoire d’un don de soi, à quelques semaines de Noël:

Juliezufferey

Elle s’appelle Julie, elle a 23 ans. La jeune femme de Montana s’est rendue au printemps dernier à Kolkata où elle a passé quatre mois en tant que volontaire chez Mère Térésa et auprès de New Light, l’ONG indienne partenaire de l’association Enfants de Personne. Depuis son retour en Suisse, elle s’est engagée à développer cette association basée à Sion, afin de pouvoir scolariser le maximum d’enfants à Kolkata. Histoire d’un don de soi, à quelques semaines de Noël:


le quartier

Mon expérience chez New Light


17 avril 2010, veille de mes 23 ans et premier jour au centre d’accueil de New Light. Un peu d’appréhension mais surtout une très grande excitation…

J’ai suivi Maria, une volontaire espagnole, dans les ruelles bondées de Kalighat. Les locaux de l’association se trouvent dans un ancien temple. Pour y accéder, nous devons traverser les habitations des résidents de la zone rouge. Nous nous retrouvons témoins des scènes de la vie quotidienne des femmes de ce quartier chaud. L’une cuisine au-dessus d’un petit foyer tandis que  sa voisine fait sa lessive dans un grand baquet. Ici, aucune intimité possible. Tout se passe à l’extérieur, sur un bout de trottoir ou sur les marches qui mène à une chambrette.

Au milieu de ce labyrinthe, nous empruntons un escalier étroit qui nous mène sur la terrasse du centre. A notre entrée dans la salle commune, les enfants nous observent tout d’abord avec curiosité puis s’approchent peu a peu. Ils sont une vingtaine, assis a même le sol. Une fillette s’accroche à mes jambes, tandis qu’un petit garçon me tire par la main. Ça y est, les présentations sont faites ! Je me sens tout de suite a ma place!

Les enfants présents durant la journée sont ceux qui passent 24h/24 au centre. Ils sont nourris, logés et bénéficient d’un encadrement scolaire. Gaurie, la plus jeune, a tout juste 4 mois à mon arrivée. Vous n’imaginez pas a quel point elle est minuscule ! Pourtant, ce petit bout de femme est déjà très vive et indépendante. Un des nombreux jours où elle avait trop bu, la maman de Gaurie perdit l’équilibre et tomba lourdement sur le bébé. Urmi-di  («d»est utilisé après un prénom pour marquer l’affection. Ce terme signifie en hindi «grande sœur». C’est ainsi que les gens du quartier s’adresse à Urmi, la fondatrice de New Light) intervint de suite et plaça la petite sous les bons soins de l’équipe de New Light.

Les bébés nécessitant une attention particulière, une employée indienne a été engagée à plein temps pour s’occuper de Gaurie et de Coco, une orpheline du sida âgée d’à peine 18 mois.

Les enfants de la zone rouge apprennent dès leur plus jeune âge à se débrouiller et à veiller les uns sur les autres. Cependant, ils sont habitués à devoir lutter et c’est la loi de la jungle qui s’impose au quotidien. Ils s’arrachent les objets des mains, se tirent les cheveux et se traitent de tous les noms d’oiseaux. Heureusement, les employés indiens de New Light sont là pour faire régner l’ordre et imposer une discipline très stricte.

Durant cette première matinée, nous feuilletons des livres en anglais avec les enfants. Certains s’efforcent de déchiffrer la langue de Shakespeare, tandis que d’autres tournent les pages à toute vitesse, sans prêter beaucoup d’attention a l’histoire. Pourtant, chacun à leur manière, ils ont l’air de prendre du plaisir.

Vers 12h30, c’est le moment de faire une pause déjeuner. Des tables et des bancs sont installés en un tour de main dans la salle principale. Les pensionnaires apprennent à manger avec une cuillère et à débarrasser leur assiette.

Quand vient l’heure de la sieste, les meubles sont rangés au fond de la pièce pour laisser place aux fines paillasses faisant office de lits. Tous les enfants dorment côte à côte, sur le sol. Vu la chaleur étouffante (40 degrés au mois d’avril), les petits sombrent très vite dans le sommeil.

A leur réveil, ils ont le droit à un petit goûter (un oeuf, une banane, une tranche de pain). Peu à peu, les autres enfants, les externes, arrivent pour la classe du soir. Au total, ce sont environ 130 élèves qui sont accueillis chaque soir. Pour que la cohabitation soit possible dans un si petit espace, les professeurs engagés par l’association doivent se montrer très stricts. Les enfants, alignés par taille, doivent chanter l’hymne nationale. Ils sont ensuite repartis par groupes  pour l’étude.

Nous sommes au mois d’avril et l’année scolaire vient de débuter. Les élèves ont peu de devoirs et il faut par conséquent trouver de quoi les occuper pendant 2h. Pour moi, c’est un sacré défi. Je suis chargée d’animer la classe des 10/11 ans. Les enfants de New Light fréquentent différentes écoles et n’ont donc pas tous le même niveau scolaire. Ils s’expriment la plupart du temps en bangla (Bengali), leur langue maternelle. Même les chiffes qu’ils utilisent sont différents des nôtres. De plus, ils se dissipent très vite, parlent tous en même temps et ont du mal à rester assis. J’avoue que les premières leçons ont été laborieuses. J’apprends au fil du temps, sur le tas et fais du mieux que je peux.

J’ai consulté pas mal de livres pour trouver de l’inspiration et inventer de nouvelles activités. Après quelques jours, j’arrive un peu mieux à maintenir l’ordre, même s’il faut pour cela utiliser  un ton très sec. Ces enfants turbulents ne sont pas habitués à suivre des règles et il faut beaucoup insister pour qu’ils intègrent certaines règles élémentaires!

Pourtant, je crois que mes efforts ne sont pas vains. Certains enfants se donnent vraiment du  mal et redemandent même des exercices. Ils ont envie de réussir et savent que l’éducation est leur seul passeport pour quitter la zone rouge. Chaque soir, ils me font promettre de revenir le lendemain.

Le plus important, ce n’est pas les deux ou trois mots d’anglais que je tente de leur apprendre, mais le temps passé avec eux. Comme tous les enfants du monde, ils ont besoin d’être écoutés, encouragés, revalorisés. En échange, je remplis ma valise de leurs sourires et marques d’affection. La joie de vivre qu’ils laissent déborder dans les ruelles grises de la zone rouge montre bien qu’on peut être heureux avec peu. Ici, pas de père Noël qui vient livrer la dernière console à la mode. Mais une mère Noëlle peut être…

Grâce à Urmi et son travail acharné, nos petits protégés vont à l’école et échappent au trafic d’enfants répandu dans ce quartier.
Grâce à votre générosité, 130 enfants de la zone rouge peuvent rêver à un avenir haut en couleurs.

Julie Zufferey

la zone rouge (zone de la prostitution)
La "zone rouge", secteur de la prostitution.

Association Enfants de Personne
CP 121 – 1951 Sion
Relation bancaire : BCV Sion – compte no 0832.10.58
079 455 06 14 E-mail: enfants_de_personne@hotmail.com
http://www.enfantsdepersonne.org
http://www.newlightindia.org

un ?leve de l'association (Munna) et sa maman
Munna, un des élèves de l’association, ici avec sa maman.