"Il est temps de se déterminer sur le développement touristique que nous voulons"

cina

“Quel développement territorial voulons-nous pour notre canton? Nous devons oser aborder cette question, j’espère d’ailleurs pouvoir ouvrir ce débat après celui de la loi sur le tourisme. Le Grand Conseil et le peuple doivent prendre position.” Ces propos sont ceux du conseiller d’Etat Jean-Michel Cina, prononcés hier soir mardi à Crans-Montana, à l’occasion d’une invitation du Credit Suisse. La banque, qui suit de près le développement de la station et s’y implique, avait invité ses clients et des gens du lieu à cette rencontre annuelle. Jean-Michel Cina s’exprimait sur l’impact des réglementations sur le marché de l’immobilier. J’y suis allée pour vous:

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“Quel développement territorial voulons-nous pour notre canton? Nous devons oser aborder cette question, j’espère d’ailleurs pouvoir ouvrir ce débat après celui de la loi sur le tourisme. Le Grand Conseil et le peuple doivent prendre position.” Ces propos sont ceux du conseiller d’Etat Jean-Michel Cina, prononcés hier soir mardi à Crans-Montana, à l’occasion d’une invitation du Credit Suisse. La banque, qui suit de près le développement de la station et s’y implique, avait invité ses clients et des gens du lieu à cette rencontre annuelle. Jean-Michel Cina s’exprimait sur l’impact des réglementations sur le marché de l’immobilier. J’y suis allée pour vous:



Des politiques un peu froussards….
Selon Jean-Michel Cina, personne n’ose aborder ces questions du développement territorial et économique dont nous voulons: “Tout le monde a peur de perdre des parts de marché politique!” Le moratoire Cina a eu des conséquences concrètes puisqu’il a permis de faire descendre sous la barre des 1000 les dossiers en attente d’une unité de contingent. “Nous avons réussi à enrayer la croissance des listes d’attente”.

Et de rappeler qu’en 2006, les résidences secondaires en Valais représentaient le 44% des habitations de notre canton. “Comment dans ces conditions avoir des communautés vivantes toute l’année?”, interroge, inquiet, le conseiller d’Etat.

Tourisme: redevenons des pionniers

“Je suis conscient de l’importance du marché de la construction dans notre canton, mais est-ce que notre tourisme ne doit reposer que sur les résidences secondaires? Ne doit-on pas chercher un équilibre? Trouver de nouveaux modèles d’hébergement touristiques? La lex Koller nous a amené à oublier ce débat sur l’hébergement. Si nos prédécesseurs étaient des pionniers, dans le tourisme, nous avons perdu cet esprit innovateur. Il est temps d’amorcer ces réflexions et être à nouveau des pionniers, il faut prendre en main notre destin: nous ne pouvons pas faire faire porter les solutions à la génération prochaine.”

En résumé: agir aujourd’hui et ne pas laisser à d’autres après nous le soin de le faire, lorsque la situation se sera dégradée encore.

Lex Koller : pour 10 ans encore!
Au sujet de la lex Koller: pour Jean-Michel Cina, il ne faut pas s’attendre à son abrogation d’ici à une dizaine d’années. “Elle va nous rester encore un moment sur le bras!” C’est avec cette conviction qu’il a sollicité une entrevue avec la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf. Histoire de voir avec elle comment assouplir cette lex Koller.

«Oser dire non et faire des choix»
Quant aux destinations touristiques, elles ont tout intérêt à se poser elles-aussi les bonnes questions, à se tracer un avenir. “C’est aux communes de prendre en main leur destin”, déclare Jean-Michel Cina. “Chaque destination doit réfléchir au positionnement qu’elle souhaite”. Il y a quelques temps, lors de la Journée valaisanne du tourisme à Crans-Montana, le conseiller d’Etat avait tenu le même discours, avec des mots forts, incitant les communes à oser faire des choix, oser dire “non” sur la bas de lignes claires de développement que les communes touristiques doivent mettre noir sur blanc. La loi actuelle sur le tourisme demande à chaque commune de se doter une Politique du tourisme. Rien n’est fait de ce côté-là à Crans-Montana, mais Crans-Montana Tourisme et l’Association des communes y travaillent.

Crans-Montana est sur la bonne voie
Mais revenons à Jean-Michel Cina: mardi soir à l’Etrier, il a salué le travail déjà accompli dans notre station, félicité les autorités pour avoir pris des mesures avec le RQC (règlement des quotas et du contingentement approuvé par la population locale). Il a salue le fait que Crans-Montana réfléchit à son urbanisme, à son positionnement.

“Crans-Montana, avec le positionnement qui est choisi, arrive à attirer de nouveaux clients, je trouve cela très bien. Votre station a accru son attractivité (en améliorant les routes et les espaces piétonniers), vous êtes sur la bonne voie. Mais il reste encore à faire.”

Crans-Montana peu touchée encore par la crise mais
Positionnement justement: en ouverture de conférence, le directeur du Credit Suisse de Crans-Montana, Jean-François Emery, a aussi salué le travail fait pour repositionner la station et se déterminer sur les publics à atteindre, les atouts à mettre en avant. L’an dernier à même époque, la banque avait publié une étude qui montrait que si Crans-Montana faisait fort côté golf et réputation de région ensoleillée, la station devait mieux faire connaître certains de ses atouts, comme l’offre VTT estivale par exemple.

Le banquier – dont vous lirez une interview demain jeudi à la une de Sixième Dimension – a rappelé le contexte de crise dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui. “Crans-Montana souffre relativement  peu de la conjoncture”, a déclaré Jean-François Emery, qui estime que les mesures prises au niveau local avec le RQC et cantonal avec le moratoire Cina ont permis à notre station de ne pas rester avec des appartements invendus sur les bras, des mesures prises à temps qui, selon lui, ont également permis d’éviter des faillites d’entreprises. Jean-Michel Cina pense quant à lui que la crise pourrait toucher le secteur de la construction en 2010 – 2011.

Si Crans-Montana a certes la chance d’être un microcosme peu touché encore par la crise, Jean-François Emery s’inquiète de constater que la saison d’été n’a réellement commencé que le 1er août, qu’elle touche déjà bientôt à sa fin, et que la station n’est pas remplie. “Celui qui n’a pas de réserve aura de la peine à gérer cette année”, prédit le financier qui ne perd toutefois pas son optimisme: “Quand on est au plus bas, on ne peut que rebondir.”