Regards d'enfants sur les affiches de Pro Infirmis

Comment des enfants de 9 ans reçoivent-ils les images du handicap des campagnes de Pro Infirmis? Une enseignante de Crans-Montana a ouvert le dialogue avec les élèves de sa classe: Ghislaine Crouzy l’a raconté dans le magazine Pages romandes.

Comment des enfants de 9 ans reçoivent-ils les images du handicap des campagnes de Pro Infirmis? Une enseignante de Crans-Montana a ouvert le dialogue avec les élèves de sa classe: Ghislaine Crouzy l’a raconté dans le magazine Pages romandes.


«Le monde de demain sera multiculturel ou ne sera pas,
écrit Ghislaine Crouzy. Notre salle de classe est un microcosme qui permet d’expérimenter cette formule d’avenir.» Côté diversité des cultures, l’école de Crans-Montana est effectivement bien placée: «Le fils du requérant d’asile côtoie le riche descendant d’une famille en vue.» Une classe d’école primaire peut donc être un laboratoire intéressant.

Enfants de la pub

«Depuis plus de 30 ans, raconte Ghislaine Crouzy, mes élèves m’ont offert et m’offrent leur profondeur, la pertinence de leurs remarques et une vision étonnante sur les sujets les plus divers.» L’enseignante rappelle que cette génération est bombardée de publicités. «Elle est confrontée à la réalité de l’information transmise dans une cruauté souvent insoutenable.» Comment ces enfants reçoivent-ils les images du handicap mises en scène ces dernières années par Pro Infirmis? Elle a emmené ses élèves dans la salle de projection du centre scolaire.

 

«Pouvez-vous arrêter?»

Les premières images projetées étaient assez anciennes (voir ci-dessus). Elles ont plutôt été bien reçues par les enfants, ressenties sans violence; l’aile enchaînée parlait à la plupart d’entre eux. Mais quand les images de la récente campagne de communication de Pro Infirmis ont été projetées, les réactions ont été fortes.


«Ces gens sont déformés, ont dit les enfants à leur enseignante. Pouvez-vous arrêter? Ce n’est pas beau à voir». Les questions ont fusé, laissant voir un réel malaise. «Les enfants ont été peu sensible au texte. Aucun commentaire n’a été fait sur les messages écrits. Les couleurs, par contre, attirent.» Les photos des handicapés leur font mal au cœur. «Je n’aime pas voir les gens souffrir», dit Roni. «Moi ça me fait pleurer», avoue Vincent. Arrivée il y a peu du Portugal, Ana dit: «Parfois, ceux qui sont handicapés, ma maman m’a dit qu’ils avaient un don.»

L’affiche montrant Christina Heer choque une dizaine d’élèves. «Pourquoi Jésus fait ça?» demande la petite Marie-Catherine, «C’est un tout petit peu moche.» Emilie dit qu’elle aime bien mais en même temps n’aime pas trop. Roni reprend la parole: «Quand je suis en difficulté, les autres m’aident. Et bien, là, moi aussi j’ai envie d’aider.»

Le franc-parler des élèves

L’enseignante constate que toutes les affichées rejetées par ses élèves font partie d’une série de situations réalisées ces dernières années. Le rejet est justifié par un «je n’aime pas parce que ce n’est pas beau, parce que ça m’attriste…» Pour Gislaine Crouzy, cette révulsion montre à quel point les enfants sont éloignés de personnes en situation de handicap. «J’ai été frappée par le franc-parler de mes élèves, par l’immédiateté de leurs réactions. Ils n’ont pas étouffé leurs sentiments en prenant des airs composés ou hypocrites. Ils sont touchés par la catégorie des premières campagnes de soutien, par les symboles rassurants, les couleurs douces, les messages harmonieux. La différence est inacceptable, elle est laide parce qu’elle interroge et rend triste. Dans le cas de Christina Heer, ils n’ont pu voir ni sa beauté, ni sa féminité, ni sa détermination. D’abord intrigués par le corset apparaissant sous le tutu de la jeune danseuse, ils ont été amenés à refuser l’idée qu’il pouvait y avoir encore une enfant heureuse d’évoluer malgré cet étau.»

La cloche est venue interrompre les échanges, dans la classe de Ghislai
ne Crouzy au centre scolaire de Crans-Montana… L’expérience a donné lieu à un article qu’elle a signé dans Pages romandes, la revue d’information sur le handicap mental et la pédagogie spécialisée. Un numéro consacré en février au «Poids des mots et choc des images.»