Malédiction des lits froids: «Les architectes doivent repenser le développement des stations de montagne»

Revue de presse - "Je constate l’échec du «zoning». Il manque, selon moi, un outil essentiel pour une planification cohérente du territoire communal, c’est le plan directeur. Il est l’étape intermédiaire entre plan de zone et objet d’architecture construit. Il permet d’éviter le cloisonnement, d’anticiper. Je l’expérimente à Sierre depuis 2004, et cela commence à porter ses fruits. Crans-Montana a aussi posé les premiers jalons d’un plan directeur d’aménagement et d’urbanisation de l’espace public." 

Revue de presse - "Je constate l’échec du «zoning». Il manque, selon moi, un outil essentiel pour une planification cohérente du territoire communal, c’est le plan directeur. Il est l’étape intermédiaire entre plan de zone et objet d’architecture construit. Il permet d’éviter le cloisonnement, d’anticiper. Je l’expérimente à Sierre depuis 2004, et cela commence à porter ses fruits. Crans-Montana a aussi posé les premiers jalons d’un plan directeur d’aménagement et d’urbanisation de l’espace public." 



C’est Thierry Bruttin qui s’exprime ainsi dans Le Temps d’aujourd’hui (en page 14 du journal, ou ici sur le net, mais accessible sur abonnement seulement). On vous en parlait il y a quelques jours (ici): un collectif d’architectes veut élever le débat pour sortir de la malédiction des lits froids.
"Vous proposez des conférences, des expos, des débats et autres tables rondes. Ces rencontres déboucheront-elles sur des actions concrètes?", demande Xavier Filliez à Thierry Bruttin. "Notre démarche, répond ce dernier, a été guidée par le constat de tout ce qui n’est pas acceptable. Le prix de l’immobilier dans les stations ou encore l’extension des zones à bâtir qui conduit à la destruction des paysages. Il est évident que les réflexions entamées sur ces sujets urgents ne doivent pas rester lettre morte. Nous souhaitons créer un groupe de travail pluridisciplinaire, formuler des objectifs clairs et, pourquoi pas, créer un pôle de compétences pour devenir un partenaire du canton."

Rappelons que vous trouvez le détail des expos et des conférences (qui ont lieu demain jeudi à 18 h à Sierre) sur le site officiel d’Altitude 1400.

Le journaliste rappelle qu’en Valais, "près d’une habitation sur deux est une résidence secondaire. Dans certaines stations d’altitude, 80% des logements sont inhabités plus de dix mois par an. Le boom immobilier, gonflé par les capitaux étrangers en pleine santé, crée la surenchère, à tel point que le prix des biens fonciers – jusqu’à 8000 francs le mètre carré – dépasse très largement le pouvoir d’achat des indigènes."

Nos stations sont des villes

"
Les milieux du tourisme doivent commencer par accepter la notion de ville à la montagne, ce qu’ils se refusent à faire pour l’instant. C’est le seul moyen de maîtriser ensuite les questions d’urbanisme. Il faut construire la ville, respectivement la station, de telle sorte qu’elle devienne attractive pour tous, touristes et indigènes, prendre en compte les facteurs sociaux ou culturels qui font que la station peut vivre. Pourquoi ne pas densifier la construction au centre des stations, par exemple?" déclare Thierry Bruttin.

"Le tourisme doux est très mal parti"
Dans ce dossier du Temps, un des conférenciers de demain, le biologiste Pierre-Alain Oggier, affirme que "le tourisme doux est très mal partil": "
Le tourisme doux est, effectivement, la réponse adéquate au développement anarchique de l’immobilier et du tourisme puisque les deux questions sont fondamentalement liées. Ce que je déplore, c’est que le Valais s’y prend très mal. Là où on devrait offrir de l’authenticité, des services à haute valeur ajoutée, des prestations de qualité réservées à un tourisme élitaire, nous offrons de la reproduction bon marché, privilégions la quantité, le bas de gamme et, parfois même, des prestations d’une banalité affligeante. A quoi bon planter du maïs dans le val d’Hérens, et y élever des vaches Montbéliardes? Ces méthodes ont pour effet de détruire à la fois la nature et le tourisme."

"N’avons-nous rien appris?"

C’est la question posée par Raphaël Matos, historien et géographe (autre conférencier à entendre jeudi soir): "
L’histoire se répète. Et il semble que nous n’ayons rien appris des erreurs du passé. Ce qui se produit aujourd’hui s’est produit à la fin du XIXe siècle déjà. Au moment où les premiers touristes anglais se sont intéressés aux Alpes et au Valais en particulier, on a assisté à des investissements massifs dans l’immobilier. Le paysage est rapidement devenu une marchandise. On se l’est approprié très concrètement par la vente de biens fonciers aux étrangers et aux indigènes, et symboliquement, par une emprise très insistante sur l’image des Alpes. On a construit des palaces et des funiculaires. Puis, progressivement, tout cela a donné lieu à des conflits. Ceux acquis à la spéculation immobilière et touristique se sont heurtés à des groupements de défense de la beauté du paysage. Heimatschutz avait une antenne très active à Londres qui finançait des campagnes contre l’exploitation intensive des Alpes, qu’il considérait comme un patrimoine de l’humanité. De fait, le patrimoine bâti était moindre à l’époque mais les enjeux sont identiques. On assiste au même débat avec les mêmes acteurs, collectivités publiques, investisseurs, promoteurs et défenseurs de la nature, avec une nuance toutefois: l’explosion de la mobilité intensifie le phénomène. Argent, tourisme et paysage doivent faire l’objet d’une planification cohérente. Cela, nos ancêtres le revendiquaient…"

Se recentrer sur le tourisme
Le prof. Christophe Clivaz préconise "
quatre stratégies pour freiner l’urbanisation massive et anarchique qui a conduit à l’explosion des lits froids. La première consiste à imposer un frein au développement des résidences secondaires par l’introduction de quotas et de contingentements dans les communes. Certaines stations s’y sont attelées. La deuxième stratégie consiste à réchauff
er les lits froids en introduisant des mesures d’incitation à la location pour les propriétaires. On peut imaginer les sociétés de remontées, directement concernées par le taux d’occupation des stations, participer financièrement à la rénovation du parc immobilier qui date des années 60 ou 70. Troisièmement, la création de lits chauds peut passer par le développement de résidences de tourisme, comme ce que propose le groupe Transmontagne. Chaque propriétaire a la garantie d’un taux de rendement de 4%. En contrepartie, il met son objet en location plusieurs semaines par année. Petit bémol toutefois: cela crée des lits de plus là où on en compte déjà trop. Enfin, n’oublions pas que si la para-hôtellerie se porte mal, cela a des effets sur l’hôtellerie. Il s’agit donc d’apporter un soutien à cette branche. Si des zones sont réservées à l’hôtellerie, les promoteurs y investiront plus. Jusqu’à présent, c’est une logique immobilière qui a guidé le développement urbain des stations. La logique touristique doit prendre le relais.»

Source: Le Temps

Conférences à suivre ce jeudi à Sierre.