Il est essentiel de bien loger nos employés saisonniers

L’étude Valosta l’a démontré: les stations touristiques enregistrent une pénurie de logement pour les employés. Vendredi passé à Martigny, plusieurs pistes ont été présentées pour répondre aux besoins de PME touristiques, dans le cadre du dernier volet de cette étude pluridisciplinaire née, rappelons-le, d’un constat énoncé lors du Forum de la construction en 2004 à Crans-Montana. Compte-rendu ci-après et liste en fin de billet des quatre pistes que nous proposent les auteurs de l’étude.

L’étude Valosta l’a démontré: les stations touristiques enregistrent une pénurie de logement pour les employés. Vendredi passé à Martigny, plusieurs pistes ont été présentées pour répondre aux besoins de PME touristiques, dans le cadre du dernier volet de cette étude pluridisciplinaire née, rappelons-le, d’un constat énoncé lors du Forum de la construction en 2004 à Crans-Montana. Compte-rendu ci-après et liste en fin de billet des quatre pistes que nous proposent les auteurs de l’étude.

 

«Réfléchit-on assez à l’importance du travailleur saisonnier dans notre économie?» Voilà la question essentielle, posée par le professeur Christophe Clivaz lors du séminaire à Martigny vendredi passé, dans le cadre de l’étude Valosta[1]. Différents intervenants ont apporté des solutions appliquées ou projetées, en France, en Autriche et en Suisse, solutions dont nous pourrions nous inspirer.

Il faut fidéliser les saisonniers

La France a particulièrement étudié de près ce problème de logement en station des travailleurs à la saison. Pierre Balme, maire de Venosc et président de communes des Deux Alpes (à 60 km de Grenoble), a montré comment sa station a développé des services de proximité depuis six ans. «La typologie atypique de la population saisonnière, la spécificité de l’économie saisonnière nécessitent une adaptation permanente et réfléchie pour le maintien d’un équilibre harmonieux des populations. Dans cette logique, la création d’un espace regroupant des services de proximité pour l’accueil des saisonniers contribue au bon déroulement de la saison et à plus long terme à une fidélisation du personnel.» Avec un financement public avoisinant les 100’000 euros par an, les Deux Alpes proposent aux saisonniers un lieu d’accueil pour les écouter, conseiller, orienter et leur permettre d’accéder aux différentes informations concernant les domaines de la santé, de l’emploi, du logement et de la vie quotidienne dans la station. Un poste à plein temps a été créé et professionnalise le service de l’accueil saisonnier (en l’occurrence une éducatrice spécialisée qui travaille en étroite collaboration avec le service logement de la Communauté des Communes des Deux Alpes. Ce bureau d’accueil est ouvert toute l’année.

Utiliser les appartements non loués

Pour le logement plus spécifiquement, ce bureau d’accueil met met en contact propriétaires d’appartements, employeurs et employés. La station des Deux Alpes compte de nombreux appartements construits dans les années 60-70 qui ne répondent plus à l’attente des touristes. «J’ai moi-même écrit à tous les propriétaires d’appartement aux volets clos pour leur proposer que nous les mettions en relation avec des locataires, indique Pierre Balme. Durant la saison d’hiver passée, ce sont environ 700 employés qui ont ainsi trouvé logement par l’intermédiaire de ce service.» Les logements proposés sont ceux dont le touriste ne veut plus guère (construits dans les années 60-70), ils sont propres, avec un confort de base. «Nous avons rapproché l’offre de la demande et surtout nous sécurisons la relation. Ce service est gratuit tant pour le propriétaire que pour l’employeur et l’employé. C’est l’employeur qui verse la caution et le loyer au propriétaire, ce qui représente une sécurité pour le propriétaire de l’appartement.»

La question de la caution a justement été soulevée par le président de GastroValais, comme étant une des difficultés rencontrées: «L’employé saisonnier n’a pas forcément les moyens de payer cela, est-ce alors à son employeur de régler cette caution?» François Gessler a suggéré aussi de développer le logement chez l’habitant, selon le principe des chambres d’hôtes. Sylvain Fournier a signalé qu’à Nendaz, l’école de ski favorise, par exemple, le rapprochement des travailleurs pour des colocations.

Décalage entre saisonniers et employés à l’année

Même si des stations ont trouvé la solution en construisant des logements destinés spécifiquement aux saisonniers, d’autres veulent au contraire intégrer dans la station ces collaborateurs. A l’exemple de Champéry, en Valais, qui a trouvé avec les Maisons de Biarritz des partenaires sur la même longueur d’onde. «Il y a un léger décalage entre le personnel permanent et les employés saisonniers. Nous essayons d’apporter des solutions d’intégration, a souligné le président de la commune Georges Mariétan. Nous voulons garder le caractère villageois de Champéry et éviter les ghettos.» Christophe Peyre, directeur général du développement des Maisons de Biarritz a souligné que, en tant qu’ «hôteliers qui construisent leurs propres hôtels», son groupe intègre dès l’origine du projet la question du logement de leurs employés. «Chaque hôtelier connaît la difficulté de recruter du personnel de qualité, surtout dans le cadre de contrats saisonniers. Dans un marché tendu par les employeurs, la compétitivité passe par une recherche constante d’amélioration des conditions de travail et la fourniture d’un logement de qualité.»

Le saisonnier: en contact souvent direct avec la clientèle

Gérer la question du logement des employés saisonniers par une gestion commune semble être un avis partagé par beaucoup. Il faut trouver des solutions dans chaque station pour trouver des logements à des prix abordables pour ces collaborateurs. Il pourrait être utile pour les
PME dans le tourisme de pouvoir compter sur des structures de location pour loger les saisonniers, dans le cadre d’un partenariat public-privé. L’habitat pour les employés du tourisme ne devrait-il pas être considéré comme d’utilité publique dans les régions touristiques? Les communes qui le peuvent devraient créer des logements pour cette main d’œuvre indispensable à la bonne marche de la branche. Malheureusement, les communes ne connaissent pas bien ce tissu de population et devraient pouvoir compter sur un observatoire de l’emploi, comme le suggèrent les auteurs de l’étude Valosta. Autre suggestion: travailler avec des outils comme la défiscalisation, les indices de constructions, par exemple. «Un employé saisonnier soumis à des problèmes de logement, connaissant des difficultés d’intégration ou très insatisfait de son revenue ne peut fournir une prestation de qualité. Les employés saisonniers étant souvent en contact direct avec la clientèle touristique, il est d’autant plus important de veiller à leur offrir de bonnes conditions de vie durant leur séjour en station», souligne le professeur Christophe Clivaz, professeur à la HES-SO Valais.

Le statut du saisonnier: lié au type de produit touristique

Venu de l’université d’Inssbruck, l’économiste Klaus Weiermair a replacé les réflexions dans leur contexte et dressé le profil des travailleurs saisonniers dans le tourisme. «Avec les mutations que je vois dans le tourisme, je ne suis pas certain que les problèmes demain seront les mêmes qu’aujourd’hui. On va combiner le tourisme avec d’autres branches, car la première ne suffit plus. Aux employés dans le tourisme, on a surtout demandé jusqu’ici beaucoup d’expérience et une formation minimale; ça commence à changer.» Si, actuellement, les produits des stations alpines proposent essentiellement de l’hébergement et du ski à nos hôtes, on se dirige de plus en plus vers des produits mixtes, selon le professeur Weiermair, combinant culture, gastronomie, éducation, etc. Le rôle du saisonnier risque donc bien d’évoluer, et on n’aura plus forcément besoin de personnel peu qualifié. Une réflexion à garder en mémoire lors de tout le débat sur le logement des saisonniers, selon le professeur Weiermair.


Les recommandations du groupe de travail, en résumé:

  • Améliorer l’information des communes et des employeurs: créer un Observatoire de l’emploi saisonnier, permettant d’anticiper les besoins des entreprises en main-d’oeuvre saisonnière, de renseigner les communes sur les caractéristiques de ces personnes et celles de leurs besoins en matière de logement, mais aussi de communiquer sur les bonnes pratiques des communes touristiques relatives à ce type d’employés.
  • Considérer les logements destinés aux saisonniers comme des infrastructures touristiques: faire en sorte que les aides communales pour la création de logements pour saisonniers puissent être financées par les taxes prévues par le projet de loi sur le tourisme, en considérant que la qualité du travail fourni par les saisonniers est un élément déterminant de l’attractivité des stations, et que les prestations qu’ils fournissent sont étroitement liées à leurs conditions de logement.
  • Inciter plus que contraindre: favoriser les mesures incitatives, telles que la défiscalisation ou l’augmentation des indices de constructions pour ceux qui créent du logement pour le personnel, plutôt que les mesures coercitives, tout en se dotant des moyens de contrôler l’affectation des logements.
  • Améliorer la coordination des acteurs locaux sur le marché immobilier: créer des structures de gestion des lits destinés aux saisonniers, confinancées par les propriétaires fonciers et les communes.



NB: Vous retrouvez ici l’article publié dans Hôtel Tourisme Revue suite au séminaire de 2006 sur les travaux de Valosta.




[1] Depuis plusieurs années maintenant, un groupe interdisciplinaire a analysé les difficultés que rencontrent les acteurs du tourisme à loger leurs employés sur place et cherchent des solutions, il s’agit de: l’Institut de géographie de l’Université de Lausanne, l’Institut Economie et Toursime de la HES-SO Valais et le Centre de recherche énergétiques et municipales (CREM) à Martigny.