"Garder nos terres ou amasser de l'argent, il faut choisir"

Revue de presse - C’est au tour du Temps de consacrer ses colonnes au vote sur le Règlement des quotas et du contingentement (RQC), avec une interview de Gabrielle Nanchen, ancienne conseillère nationale.

Revue de presse - C’est au tour du Temps de consacrer ses colonnes au vote sur le Règlement des quotas et du contingentement (RQC), avec une interview de Gabrielle Nanchen, ancienne conseillère nationale.





Les six communes du Haut-Plateau – Montana, Chermignon, Lens, Icogne, Mollens et Randogne – se prononcent ce dimanche, à l’instigation de leurs autorités, sur un nouveau règlement communal des quotas et des contingentements, le RQC. Un avenant au régime des constructions qui vise à limiter drastiquement les résidences secondaires en plafonnant le nombre de mètres carrés constructibles annuellement et en imposant un taux de 70% de résidences principales pour toute nouvelle construction. Parmi les partisans du RQC, l’ancienne conseillère nationale socialiste Gabrielle Nanchen, qui habite Icogne.


Le Temps: Qu’est-ce qui a motivé votre engagement?

Gabrielle Nanchen: J’étais responsable du volet développement durable de la candidature Sion 2006 et c’est bien de cela qu’il s’agit ici: comment gérer intelligemment les ressources de notre patrimoine naturel, de manière à permettre à nos descendants d’en vivre également à leur tour. Pour Crans-Montana et le Haut-Plateau, il y a urgence: les chalets poussent comme des champignons, tandis que certaines variétés de fleurs disparaissent. Les gens qui ont acheté un chalet ici l’ont fait notamment pour avoir une vue grandiose et unique, de même qu’un paysage préservé, pas pour voir pousser des bâtiments tout autour du leur. Certains vendent déjà leur propriété à Crans ou à Montana pour s’installer dans les villages qui entourent le Plateau.

- N’assiste-t-on pas à un spectaculaire changement de mentalité, avec des présidents de commune qui se mettent eux aussi à évoquer les ressources limitées du sol et le devoir de penser aux générations futures?

- Cette attitude des autorités des six communes concernées ne m’étonne pas vraiment. On a eu tendance à caricaturer les Valaisans, qui ne songeraient qu’à bétonner et à brader leur territoire. Alors que la notion de développement durable a toujours été inscrite, par nécessité, dans la mentalité montagnarde. On peut le voir avec les bisses, construits pour certains à la fin du Moyen Age. C’était une façon vraiment écologique de répondre à une nécessité: nourrir des bouches devenues trop nombreuses pour les maigres prés dont on disposait. Les bisses répondaient aux trois critères du développement durable tel qu’on le définit aujourd’hui: concilier les intérêts sociaux, environnementaux et économiques.

- Que répondez-vous à ceux qui disent que limiter les constructions équivaudrait à un suicide économique et ne résoudrait en rien le problème des lits froids?

- Il s’agit de gains à court terme. Les deux tiers des terrains à bâtir sur le Haut-Plateau sont déjà construits. A ce rythme, c’en sera bientôt fini. Les entreprises locales n’arrivent plus à suivre, elles sous-traitent largement les travaux à des entreprises de l’extérieur. Rénovons plutôt ce qui existe au lieu de construire encore. Je pense particulièrement aux hôtels, où les nuitées sont en chute libre.

- Les opposants au nouveau règlement font valoir que les résidences secondaires ont au moins l’avantage de garantir la présence d’hôtes même par manque de neige, comme cet hiver…

- Je me promène assez sur le Plateau, à pied ou à cheval, pour savoir que la plupart des chalets sont vides onze mois sur douze… Et ne faisons pas d’angélisme: un bon nombre de résidences secondaires n’ont pas été acquises pour passer des vacances en famille mais sont des placements financiers. Les propriétaires ne les louent pas, car elles sont trop luxueuses. La priorité doit être donnée aux résidences principales. Aujourd’hui déjà, les gens qui travaillent dans la station n’arrivent plus à se loger car les loyers sont trop chers. Certains disent: ils n’ont qu’à habiter dans les villages et faire les déplacements. Moi, je crois que cela signifierait la mort de la station. Quand on va en vacances quelque part, on aime voir son lieu de résidence vivre autour de soi. Il faut savoir ce que nous voulons: restituer à nos enfants les terres qui leur appartiennent ou amasser de l’argent à court terme.

Des propos recueillis par Laurent Nicolet
Source: Le Temps

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