L'immobilier ou le tourisme: il faut choisir

Revue de presse Le boom immobilier est l’ennemi du tourisme. Du moins à long terme. C’est ce que pense Christophe Clivaz, chercheur spécialisé dans l’étude du développement des stations. On retrouve ce matin le professeur à la Haute Ecole valaisanne dans les colonnes du Journal de Sierre, à travers une interview dans laquelle il donne son avis sur le Règlement des quotas et du contingenement. A lire ci-dessous.

Revue de presse Le boom immobilier est l’ennemi du tourisme. Du moins à long terme. C’est ce que pense Christophe Clivaz, chercheur spécialisé dans l’étude du développement des stations. On retrouve ce matin le professeur à la Haute Ecole valaisanne dans les colonnes du Journal de Sierre, à travers une interview dans laquelle il donne son avis sur le Règlement des quotas et du contingenement. A lire ci-dessous.


Bulle immobilière, charge foncière toujours plus lourde, fermeture d’hôtels, nuitées en baisse, chiffre d’affaires en déclin, domaine skiable moins rentable, habitants permanents sur le départ, en un mot station asphyxiée: voilà le genre de spirale infernale qui touche Crans-Montana. Sur la problématique des lits froids, la sonnette d’alarme avait été pourtant tirée en 1981 déjà dans le rapport cantonal sur «l’importance économique du tourisme valaisan». Sans grand effet.

Aujourd’hui, il y a urgence. Pour enrayer ce cycle économiquement destructeur, il existe plusieurs pistes. Les autorités communales d’Icogne, Lens, Chermignon, Montana, Randogne et Mollens ont décidé de réagir en proposant un nouveau règlement intercommunal sur les quotas et les contingents (RQC). Les citoyens seront appelés à se prononcer le 11 mars sur cet outil de gestion économique et touristique ainsi que sur son pendant politique, l’Association des communes. Christophe Clivaz, un enfant du pays, est professeur à l’Institut Economie et Tourisme de la Haute Ecole Valaisanne. Ce politologue s’apprête à publier un article intitulé «Le développement de l’immobilier en station de sports d’hiver: du laisser-faire au savoir-faire?»* Selon lui, le boom immobilier des résidences secondaires est le principal ennemi d’un tourisme à long terme. Interview.

Votre avis sur le RQC concocté par les 6 communes du Haut-Plateau?

On peut toujours discuter des pourcentages ou du nombre de m2 contenus dans ce règlement. Mais c’est un outil intéressant qui pose des limites claires tout en offrant une certaine souplesse dans son application –  introduction progressive du contingentement, possibilité d’augmenter la surface dédiée à de la résidence secondaire moyennant le paiement d’une taxe.

En modifiant quelque peu la 1ère mouture du règlement, les autorités ont-elles cédé aux volontés des promoteurs?

Non. L’attitude est plutôt intelligente et démontre une réelle volonté de faire aboutir le projet. Les élus ont senti où se trouvent les résistances et tentent d’intégrer les oppositions. En donnant un peu de mou au règlement, ils pourraient faire pencher la balance du bon côté.

Le principe du développement durable est inscrit dans le nouveau règlement sur proposition de la Confrérie du bâtiment. Comment comprendre la démarche et le soutien d’une association directement touchée par les quotas et contingents?

L’initiative est à saluer. Un certain nombre de personnes dans les milieux de la construction sont aujourd’hui sensibles à la problématique des lits froids. Ils se rendent compte que l’on ne peut pas pratiquer la politique de la terre brûlée qui consiste à retirer un bénéfice maximal à court terme dans la promotion immobilière en laissant la prochaine génération se débrouiller avec une infrastructure non adaptée aux attentes de la clientèle touristique.

Le système de bonus pour les constructions respectant les principes du développement durable est encore à préciser. On vote un peu les yeux fermés le 11 mars?

D’une certaine manière peut-être. Il est trop tôt, c’est vrai, pour juger du contenu futur de cet avenant si le règlement est adopté. Des critères pour l’octroi des boni seront certainement introduits comme la provenance et le type de matériaux, l’efficacité énergétique ou la proximité de la main d’œuvre. On peut par exemple imaginer qu’un certain pourcentage supplémentaire de surface sera attribué à une résidence secondaire respectant les normes Minergie. Mais il faut comprendre que ce règlement constitue d’abord un choix, une orientation générale pour le développement futur de la station. Voulons-nous poursuivre la logique immobilière actuelle ou adopter une logique touristique axée sur le long terme? Rappelons que la valeur ajoutée liée au tourisme a diminué ces vingt dernières années à Crans-Montana, ce qui signifie que le chiffre d’affaires des remontées mécaniques ou des commerces devrait, par rapport au nombre de lits actuels, être bien plus élevé.

Partagez-vous les craintes de pertes d’emplois, notamment dans le secteur de la construction?

Elles sont légitimes. Cependant, on estime que 60% des travaux sont réalisés par des entreprises extérieures à la région. De plus, on vit une période de surchauffe. Les entreprises locales doivent se poser la question: que feront-elles dans 5 ou 10 ans si l’on continue avec cette vision à court terme? Ma réponse est qu’elles vivront par le tourisme qui est incompatible avec la prolifération des lits froids.

Les communes politiques ont-elles encore les moyens de gérer des pressions financières issus de projets de l’ordre de plus de 100 millions de francs?

Le président, non professionnel, subit de grandes pressions dans sa commune où tout le monde se connaît. Je plaide depuis longtemps pour une intervention plus importante du canton, voire de la Confédération dans ce domaine sensible. Les collectivités locales sont plutôt démunies en moyens financiers, humains
, en moyens d’expertises, en compétences. Dans cette optique, se doter d’une association de communes est une excellente chose pour développer une vision globale. Le découpage vertical des communes correspond à l’organisation économique du XIXe siècle avec la culture des champs et des vignes sur le coteau inférieur et le bétail sur les pâturages, alors que les flux économiques se sont développés horizontalement sur le Haut-Plateau au XXe siècle.

Votre sentiment sur l’issue du vote le 11 mars?

Les villages, tout comme la station, sentent la pression sur les prix liée aux résidences secondaires et connaissent les difficultés des remontées mécaniques et des commerces touristiques liées à la prolifération des lits froids. J’ai bon espoir que le RQC soit accepté.

*Ouvrage de Christophe Clivaz, à paraître in Bourdeau Philippe (dir.), Les sports d’hiver en France: nouvelles pratiques, nouvelles stations?

Propos recueillis par Pascal Fauchère et reproduits ici avec son aimable autorisation.

Télécharger la double page du JDS au format pdf, ici

Séances d’information sur l’Association des communes de Crans-Montana et sur le Règlement intercommunal des quotas et du contingentement lundi 19 février. 19 h 30: Lens, Chermignon; 20 h: Icogne, Randogne, Montana, Mollens.