Forcer à louer son appartement: une utopie mal venue

St-Moritz a lancé un pavé dans la marre en proposant d’obliger les propriétaires de résidences secondaires à mettre leur bien en location (lire l’info ici). Cela évidemment dans l’idée de lutter contre les volets clos et de rendre la station vivante. La TSR a tendu le micro à quelques personnes à Crans-Montana mardi soir pour prendre la température.

St-Moritz a lancé un pavé dans la marre en proposant d’obliger les propriétaires de résidences secondaires à mettre leur bien en location (lire l’info ici). Cela évidemment dans l’idée de lutter contre les volets clos et de rendre la station vivante. La TSR a tendu le micro à quelques personnes à Crans-Montana mardi soir pour prendre la température.

Selon le directeur de l’office du tourisme de Crans-Montana interrogé par la TSR, «on ne peut pas faire des choses contre la volonté des gens.» L’agent immobilier E. Colagioia pense que si les propriétaires devaient mettre leur logement en location – des appartements et chalets qu’ils ont payés très chers – ils le feraient à un prix exorbitants. «Si ce prix de location devait leur être imposé, alors certainement qu’ils vendraient leur bien et s’en iraient ailleurs.» «L’idée est géniale mais utopique», constate Jean-Pierre Rouvinez, commerçant. Les gens possèdent souvent de belles collections d’œuvres d’art et des objets personnels de valeur dans leur résidence secondaire et on peut comprendre qu’ils ne veulent pas le louer.

Yvan Aymon, ancien directeur adjoint de Valais Tourisme et directeur de Valais Excellence pense que de forcer les propriétaires à louer n’est pas forcément une bonne idée, mais le pavé dans la marre du directeur de l’office du tourisme de St-Moritz Hanspeter Danuser a le mérite de «mettre sur la table le problème numéro 1 du tourisme alpin.» Pour Daniel Guinnard, membre de l’union suisse des professionnels de l’immobilier et propriétaire d’une agence immobilière à Verbier, il est complètement utopique de songer à forcer à louer pour une courte durée des logements qui ont été coûtés à l’acheteur plusieurs millions de francs. «Ces logements ont été vendus comme résidences privées, on doit les laisser tels que promis», renchérit Yvan Aymon qui rappelle que St-Moritz n’a plus d’espaces à bâtir, au contraire du Valais où il reste encore des espaces constructibles. «Il faut nous pencher sur des mesures d’aménagement du territoire et retrouver un équilibre avec peut-être des quotas et contingentements.» Pour Daniel Guinnard, «chaque région, chaque commune doit rester indépendante et autonome pour ce qui est de la gestion de son territoire.» Et de souligner que des régions comme Zermatt, Grächen et Saas-Fee ont effectivement plus de lits hôteliers, mais en comparaison avec Verbier, le contribuable y verse moins d’impôts, ce qui laisse entrevoir un déficit important. «C’est vrai si on réfléchit en termes de bénéfice immédiat; mais l’enjeu est de savoir ce qu’on veut léguer aux générations futures», répond Yvan Aymon qui se demande dans combien de temps on va licencier à Verbier dans les milieux de la construction.

Daniel Guinnard estime que nos stations ont tant besoin d’hôtellerie que de parahôtellerie, mais l’hôtellerie actuelle peine à subsister, et l’aider par des subsides fausserait la concurrence. Il attend des solutions de la part de la nouvelle loi sur le tourisme, ne réfute pas que l’aménagement du territoire puisse être utile, tout en répétant que chaque station doit rester maîtresse chez elle. Yvan Aymon n’est pas d’accord et donne en exemple l’agriculture qui aurait disparu, dit-il, si les terres étaient restées en mains des promoteurs. Et de rappeler que l’hôtellerie assure des places de travail. Daniel Guinnard évoque une hôtellerie différente de celle actuellement qui n’amène plus de profit.

 

Le débat continue, à Crans-Montana, en Valais comme à St-Moritz et dans une bonne partie des stations alpines.

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